Nous rassemblons 600 experts de l'archéologie africaine à Toulouse

La Société des archéologues africanistes (SAFA) tient pour la première fois son congrès en France, et c'est à Toulouse, du 26 juin au 2 juillet. François-Xavier Fauvelle, directeur du laboratoire TRACES qui accueille la manifestation, souligne l'importance scientifique d'une telle rencontre, qui doit aussi alerter sur la menace qui pèse sur le patrimoine archéologique africain.

 

La Société des archéologues africanistes tient son congrès à Toulouse. Parler d'une archéologie africaine est-il pertinent, tant le continent est vaste et les périodes étudiées diverses ?

 

Ce qui justifie un tel regroupement, c'est surtout la précarité des institutions de recherche en Afrique. Peu de pays ont les moyens d'investir dans une recherche sans application immédiate comme l'archéologie. Il s'agit de travailler à la prise de conscience d’une urgence à faire cette recherche, à protéger et conserver le patrimoine. Le continent africain se développe très vite, avec la construction d'infrastructures qui bouleversent le sous-sol et menacent les vestiges archéologiques.

 

 

Pourquoi le choix de Toulouse ?

 

Parce que nous avons un important laboratoire, TRACES 11, dans lequel l'archéologie africaine est une force montante. Nous menons une dizaine de programmes permanents de fouilles, de publications et de formation qui concernent l'Afrique. Nous travaillons sur trois pôles régionaux. Tout d'abord, l'Afrique du Sud et la Namibie, avec la recherche d'hominidés vieux de plusieurs millions d'années et la détermination des familles humaines. Ensuite, l'Éthiopie et Djibouti, pour la préhistoire récente, avec l'émergence, il y a environ 200000 ans, des sociétés modernes. Enfin, le quart nord-ouest de l'Afrique avec, durant les 2000 dernières années, le développement de la technologie du fer, des villes et du commerce. L'intérêt pour cette période est une spécificité toulousaine.

 

 

Qui participe à ce congrès ?

 

Des scientifiques européens, nord-américains, et africains de différentes régions : Afrique anglophone et francophone, corne de l'Afrique, Afrique du nord. À Toulouse, la proximité avec le Maghreb a joué. Nous avons pu obtenir 60 bourses pour financer le déplacement de certains collègues. Résultat : ce sont près de 600 spécialistes qui communiqueront sur des sujets très variés.

 

 

Quelles seront les grandes questions scientifiques abordées ?

 

La préhistoire en général, avec un accent sur la grande variabilité culturelle des sociétés modernes. Concernant le Néolithique, nous nous intéresserons notamment à la production alimentaire et à la domestication des animaux, aussi très variables selon les régions d'Afrique à cette époque. Une grande part sera également consacrée aux technologies : industrie lithique, céramique, métallurgie... Enfin, dans une histoire plus récente, nous nous pencherons sur les royaumes et les empires africains, le commerce transsaharien, ou encore l'archéologie islamique.

 

 

 

Quel retour attendez-vous de cette manifestation,  pour l'Afrique en particulier ?

 

Elle donnera bien sûr lieu à des publications dans les grandes revues du domaine. Pour les chercheurs africains en particulier, ce sera aussi l'occasion de faire des rencontres, de créer des réseaux et de lancer des programmes internationaux. Nous espérons que 20 à 30 nouveaux programmes émergeront. De plus, le congrès de la SAFA sera l'occasion de travailler sur l'homogénéisation des législations et des bonnes pratiques en archéologie, à destination des gouvernements des pays concernés.

 

Propos recueillis par Jean-François Haït

 

Congrès de la SAFA, du 26 juin au 2 juillet, Université Toulouse Jean Jaurès, Maison de la recherche

1Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés – TRACES – CNRS, Université Toulouse Jean-Jaurès, ministère de la Culture et de la Communication