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2011 n°7
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Jérôme Lamy

Newsletter de l'Université de Toulouse

Un historien des sciences dans un laboratoire d’anthropologie sociale

ITW-LAMY

« Constituer la mémoire du Toulouse scientifique des années 1960–1990 », par Jérôme Lamy, post-doctorant au LISST-CAS de l’Université de Toulouse II-Le Mirail










Interview

Université de Toulouse : Jérôme Lamy, comment arrive-t-on historien des sciences dans un laboratoire d’anthropologie sociale ?
Jérôme Lamy : J’ai un long parcours qui commence avec ma thèse (soutenue en 2004, à Paris, à l’EHESS) sur l’histoire de l’Observatoire de Toulouse aux 18e et 19e siècles. J’ai découvert un contexte toulousain tout à fait particulier en ce qui concerne les institutions scientifiques : la volonté de se démarquer des autres grandes villes de province méridionales, les tensions récurrentes avec Paris et la progressive construction d’une représentation collective de Toulouse comme ville scientifique. Lorsque je suis revenu à Toulouse entre 2007 et 2009 comme post-doctorant CNRS (j’avais travaillé entre-temps à l’Observatoire de Paris et à l’Université du Québec à Montréal), j’ai mené des recherches sur l’histoire de la recherche spatiale à Toulouse dans la deuxième moitié du 20e siècle. J’ai alors retrouvé les mêmes arguments que ceux développés au 19e siècle pour l’Observatoire : Toulouse est présentée comme une cité « scientifique » quasiment par essence. Cette démarche lui permet d’obtenir la décentralisation du CNES et d’autres institutions axées sur le spatial. La construction d’une identité scientifique toulousaine procède donc tout à la fois d’une concentration de moyens savants importants et d’une rhétorique performative à l’efficacité incontestable. En travaillant, ici à Toulouse, à nouveau sur l’histoire scientifique locale (après un post-doctorat au CNES à Paris), je retrouve donc un contexte historique particulier dont j’aime à préciser les contours.

UT : Toulouse et vous, c’est donc une longue histoire ! Vous y avez débuté en tant qu’apprenti chercheur et vous y revenez en tant que chercheur confirmé. Ce post-doctorat va confirmer votre expertise et faire de vous le référent sur l’histoire scientifique contemporaine toulousaine. Acceptez-vous ce compliment ?
JL : C’est effectivement un très aimable compliment, mais je suis loin d’avoir fait le tour de l’histoire scientifique toulousaine. D’autres chercheurs travaillent sur l’histoire scientifique de Toulouse et l’on peut parler d’un travail collectif peu à peu en voie de coordination. Mon intérêt pour l’histoire scientifique de Toulouse est intact : je reste fasciné par les mobilisations scientifiques, techniques, politiques et sociales qui ont permis (et permettent toujours !) le tissage d’un maillage dense de laboratoires, d’instruments, de collectifs de recherche dans une dynamique toujours renouvelée. C’est cette dynamique et les représentations qu’elle porte que je souhaite parvenir à développer au sein du projet PATOUS.

UT : Quel drôle de nom pour un programme de recherche sur le patrimoine scientifique, que signifie PATOUS ?
JL : PATOUS est une anagramme désignant le PATrimoine du TOUlouse Scientifique. Il condense les grandes lignes du projet centré sur le patrimoine immatériel de l’Université de Toulouse.

UT : Doit-on espérer que PATOUS va permettre la constitution d’une forte dynamique de recherche sur l’histoire des sciences en Midi-Pyrénées couplée par une réflexion sur les processus de patrimonialisation ?
JL : PATOUS a effectivement l’ambition de nouer deux démarches. Il convient, d’une part, de coaguler les différentes démarches patrimoniales à l’œuvre dans lesquelles le PRES est déjà largement impliqué. J’insiste une nouvelle fois, mais il faut à la fois penser avec une focale large et une temporalité ample : ces dynamiques patrimoniales nécessitent une mise en réseau d’acteurs variés, mobilisés sur des problématiques multiples. Le projet cherchera donc à retracer le parcours d’une trentaine de chercheurs. Il s’agit, en se focalisant sur les récits de vie d’un certain nombre d’acteurs, de restituer les moments clés de l’histoire scientifique toulousaine, de repérer les scansions majeures et d’opérer une coupe transversale dans l’histoire des disciplines. D’autre part, PATOUS a pour ambition de mener une réflexion sur le processus menant à la « mise en patrimoine » des institutions scientifiques. Nicolas Adell-Gombert et Michel Grossetti qui, sont les maitres d’œuvre scientifiques du projet, ont proposé un parcours réflexif parallèlement au travail proprement historien que nous mènerons avec les quatre vacataires impliqués (Lola Devolder, Ariela Epstein, Sébastien Plutniak, Jocelyn Talec). En interrogeant les conditions (sociales, scientifiques, politiques, culturelles) du surgissement de la question patrimoniale, nous envisageons un retour sur nos travaux qui mettra à distances les réifications d’objets qui brouillent le travail analytique.

UT : Ce programme témoignerait-il d’une réelle prise de conscience patrimoniale de la communauté universitaire ?
JL : Depuis les années 1980, un mouvement d’ampleur traverse nombre d’institutions scientifiques qui se sont peu à peu souciées de leur histoire et par suite, de leurs archives, de leurs instruments, de leur matériel d’expérimentation ou d’observation. L’Institut Pasteur et l’Académie des Sciences de Paris ont été pionniers dans ce domaine. Désormais ce sont les universités qui s’intéressent à leur passé et cherchent donc à explorer leur patrimoine. On peut parler d’une vraie prise de conscience patrimoniale de la communauté scientifique, mais il faut l’inscrire dans le temps. Je prendrai l’exemple de l’Observatoire Midi-Pyrénées qui, sur le campus, avait mis en place, dès les années 1980, une commission patrimoine destinée à inventorier et protéger son corpus d’archives et son arsenal artefactuel. L’idéal serait que chaque établissement dispose d’une commission de ce type ; mais encore une fois, la patrimonialisation est un processus au long cours…

Contact : Anne-Claire Jolivet, Service de Diffusion de la Culture des Sciences et Techniques de l’Université de Toulouse
anne-claire.jolivet@univ-toulouse.fr

 
 

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